L’ouvrage majeur de Claude Harmelle paru en 1982, fruit de trois années de recherche consacrées à l’impact historique et sociologique de l’arrivée du chemin de fer sur le développement de Saint-Antonin, est depuis longtemps épuisé. L’auteur a souhaité qu’il soit cependant accessible à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de Saint-Antonin durant cette époque charnière (1850-1940) qui vit la transformation de l’espace et de la société de la ville.
C’est désormais chose faite, puisque le livre est accessible en texte intégral sur la bibliothèque numérique de la SAVSA : https://bibnum.savsa.net/ark:/28389/bTymuB
Pour percevoir toute l’importance de cet ouvrage, quels meilleurs guides que Georges Julien et l’historien Fernand Braudel, qui ont l’un et l’autre écrit tout l’enthousiasme que leur inspirait ce travail.

Peu avant Noël, cet ouvrage de Claude Harmelle a fait une discrète apparition à la vitrine des libraires. Discrète aussi sa jaquette simplement relevée d’une photo sépia, couleur du temps passé, tout droit sortie de notre album de famille. Cette étude, qui représente trois ans de patientes recherches, est bien plus qu’une simple étude puisqu’elle fait intervenir des sentiments. A travers les mots, on sent battre les coeurs: ceux de tous les Saint-Antoninois disparus, celui de l’auteur et le nôtre aussi, qui est à l’unisson.
Au début de l’année 1982, Georges Julien introduit ainsi – d’abord pour La Dépêche puis pour le Bulletin de la SAVSA – une « note de lecture » extrêmement élogieuse et percutante qui témoigne de son admiration pour le travail réalisé, et qui se termine par ces lignes : « Il est à souhaiter que ce livre, riche de matière et profondément humain, trouve auprès des lecteurs l’accueil et le succès qu’il mérite : et d’abord auprès des saint-antoninois et de leurs voisins. Notre Association a apporté son concours à l’édition dans toute la mesure de ses moyens et on peut regretter que cette entreprise de qualité n’ait pas bénéficié des soutiens indispensables. Quoi qu’il en soit ce livre existe et le message qu’il délivre. Bof ! dira-t-on, il ne s’agit que de Saint-Antonin ! Certes, mais croyez-en le professeur Zeldin à propos de Saint-Antonin, justement : « C’est un lieu à peine connu du monde mais qui a beaucoup à dire au monde, et pas seulement aux Français ». » (Notes de Lecture : Los Picats de l’Egla accessible ici https://bibnum.savsa.net/ark:/28389/breaNK )

De son côté, l’historien Fernand Braudel, l’un des plus illustres représentants de « l’École des Annales », a salué les Piqués de l’Aigle dans un ouvrage majeur, L’Identité de la France, vol. 3 : Les Hommes et les Choses, seconde partie, une « économie paysanne » jusqu’au XXe siècle, Paris, Arthaud-Flammarion, 1986 (pp.262-266)
« Plus probant encore que ces images d’une France paysanne attardée, un petit livre plein de talent nous présente les vicissitudes, de 1850 à 1940, de la ville de Saint-Antonin, aujourd’hui chef-lieu de canton dans le département du Tarn-et- Garonne. Bâtie sur le rebord calcaire des Causses qu’entament fortement les gorges de l’Aveyron et de son affluent local, la Bonnette, elle a derrière elle un long passé prospère (un hôtel de ville roman, des maisons gothiques). Bastion protestant jadis, la petite ville rouergate a été frappée au cœur, en 1685, par la révocation de l’Édit de Nantes. La blessure, à trois siècles de distance, ne s’est pas encore guérie. Elle a la réputation, au dire de son maire qui s’en désole, en 1820, d’être « la ville la plus insoumise du département » (…)
Le livre de Claude Harmelle suit pas à pas les conséquences, dans ce milieu, de l’irruption du chemin de fer, précocement, en 1858. En gros, il restera « un corps étranger ». En fait, si la ligne Montauban-Capdenac, via Saint-Antonin, a été la première construite dans la région, c’était pour desservir les centres sidérurgiques et miniers d’Aubin et de Decazeville. Lorsque en 1862 elle est prolongée de Capdenac à Brive et inaugure une liaison directe entre Paris et Toulouse (jusque-là reliée à la capitale par Bordeaux), ce sont de beaux jours pour Saint-Antonin, mais éphémères : dès 1868, le nouveau réseau desservant Toulouse modifie son parcours. Du coup la ligne Montauban-Lexos devient une minuscule ligne locale et Saint- Antonin perd les trois quarts de son tonnage de transit. « L’esquisse de révolution industrielle » qu’avait connue la petite ville, avec notamment, en 1860, l’introduction de la vapeur dans la papeterie, la filature, etc., s’effondre rapidement. Seuls se maintiennent la tannerie et les métiers travaillant directement pour l’agriculture -charrons, forgerons, bourreliers… L’économie, presque autarcique, continuera à décliner jusqu’à la guerre de 1914.
“L’impact du chemin de fer, conclut Claude Harmelle… est plutôt à rebours des espoirs qu’il avait suscités.” »