Les Aliès de Saint Antonin en Rouergue dans l’ombre du Roi Soleil: David Alexandre et Bernard, l’ingénieur et l’avocat, par Brigitte Laubser-Malvy
« Quand naissent, vers 1645, les deux cousins germains, David Alexandre et Bernard Aliès, Saint Antonin n’est plus cette cité libre et orgueilleuse, gouvernée par les protestants. Depuis le siège de 1622, de nombreux huguenots se sont exilés, quelques-uns se sont convertis au catholicisme ; le pouvoir des consuls, amoindri par le Roi, est désormais partagé entre catholiques et protestants. Sur ces derniers pèse une épée de Damoclès, dont le poids ne cessera d’augmenter jusqu’à la révocation de l’Édit de Nantes en 1685. »
Dans ce contexte peu favorable, les destinées de David Alexandre et Bernard Aliès, issus d’une vieille famille huguenote, sont exemplaires. Contraints de s’éloigner de leurs racines occitanes, à Paris et à Strasbourg, l’ingénieur et l’avocat vont côtoyer les personnages les plus influents de la fin du règne de Louis XIV. Leurs correspondances avec Vauban, Louvois ou Riquet, exhumées par l’auteur nous font partager la vie exceptionnelle de ces deux natifs de Saint Antonin.

- États de service de l’ingénieur David Alexandre Aliès
David Alexandre opte pour la religion catholique et s’engage dans l’armée royale pour suivre les traces de Vauban. Devenu ingénieur militaire, il est affecté en 1684 à Strasbourg, annexée au Royaume de France 3 ans plus tôt. A la belle saison, David Alexandre suit l’armée en campagne et l’hiver il construit digues, écluses et fortifications pour défendre la place en cas de siège. En 1689 il est nommé ingénieur en chef de la place de Strasbourg et échange plans, maquettes et rapports avec Louvois, Ministre de la guerre. Décoré de l’ordre de Saint Louis, il s’éteint à Paris en 1709, des suites d’une opération de la Pierre.

- Plan de la citadelle de Strasbourg

- Contrat de mariage entre Bernard Aliès et Anne de Maret
Bernard suit des études de droit à Toulouse et devient docteur en droit et avocat. Il se marie en 1672 et l’année suivante est envoyé à Paris par Pierre de Pomairols, président du présidial de Villefranche et garde des sceaux de cette ville. Devenu l’homme d’affaire et le correspondant de ce noble personnage, il gère ses affaires, règle ses problèmes au plus près du Pouvoir, le représente et le tient informé de l’actualité de la cour. En 1676, il est engagé par Pierre Paul Riquet, le concepteur du canal du midi. Hébergé dans son hôtel de la rue Chapon, il conjugue désormais la gestion des affaires de ses deux employeurs. A leur mort, à la veille de la Révocation de l’Édit de Nantes, il rejoint sa famille à Saint Antonin. Ses dernières années seront assombries par la contexte politique et religieux et l’attitude inflexible de son épouse, intransigeante huguenote.
Le parcours de ces cousins est retracé au travers de leur correspondance professionnelle, conservée dans les archives publiques et privées.
Brigitte Laubser-Malvy, auteur d’une biographie romancée du colonel Aliès, orfèvre et soldat ayant vécu à la charnière des XVIIIème et XIXème siècles (SAVSA 2021), puise une nouvelle fois dans l’histoire de ses ancêtres Saint-Antoninois pour nous présenter ce témoignage de notre passé.